La Cartita

Chomsky sur les Etats-Unis au Mexique -- 13 janvier 2012

Chomsky sur les Etats-Unis au Mexique -- 13 janvier 2012

LEZAMA: Le 1er décembre 2011, les Etats-Unis ont conclu la vente de Bunker Buster aux Emirats Arabes Unis qui seront probablement utilisés contre l’Iran. Dans le même temps, Ehud Barack a réitéré la volonté d’Israël d’attaquer les installations nucléaires iraniennes.

CHOMSKY: C’est une menace, bien sûr. Ces Bunker Buster, également appelés des bombes à charges pénétrantes, représentent le plus grand nombre d’armes constituant l’arsenal nucléaire américain. Elles ont été conçues sous l’administration Bush mais ont été délaissées depuis. Lorsqu’Obama est arrivé au pouvoir, l’une des premières choses qu’il ait faites a été d’accélérer leur production et elles peuvent être aujourd’hui fabriquées plus tôt que prévu. Ces bombes ont été pensées pour l’Iran. Personne n’en a suggéré une autre utilité. La première simulation a été faite à Diego Garcia- l’île dans l’Océan Indien utilisée par les Etats-Unis. Les anglais avaient chassé la population de l’île. C’est aujourd’hui la base militaire américaine la plus importante pour attaquer ou surveiller l’Asie centrale et pour menacer l’Iran.

LEZAMA: Par ailleurs, des rapports ont démontré la présence de forces spéciales israéliennes à l’intérieur même de l’Iran. Certaines possessions américaines y ont été trouvées également. Sommes-nous sur le point d’entrer dans une guerre par procuration avec l’Iran ?

CHOMSKY: C’est une question ouverte. A ma connaissance, les militaires et les renseignements y sont opposés. Pas d’objection morale, ils pensent que ce serait beaucoup trop dangereux pour Israël. Cet avis est partagé aussi par les américains. En tout cas, le leadership politique en Israël est imprévisible.

Il y a deux jours un important sondage d’opinion a été mené en Israël. Il a démontré, curieusement, que la majorité du public israélien est en faveur de la zone exemptée d’armes nucléaires dans le Moyen Orient, incluant Iran et Israël. Ceci implique que l’arsenal militaire israélien devrait être inspecté par l’agence de surveillance internationale. Ils [les militaires israéliens] n’ont jamais accepté de rendre cela possible et ne le feront pas. C’est uniquement le public qui le souhaite. Les Etats-Unis et Israël ont bloqué tout mouvement en ce sens.

Il y a quelques jours, une frappe aérienne visait des soldats pakistanais. Le leadership politique aux Etats-Unis aurait pris en compte la perte potentielle d’une arme nucléaire, qui pourrait être détournée et tomber entre les mains de quelqu’un, peut-être un ancien allié ? Bon, s’ils n’ont pas pris cela en compte, ils sont inconscients parce même l’ambassadeur américain les a avertis.

LEZAMA: Nous savons, grâce à Wikileaks qu’il y aura un sérieux risque si les Etats-Unis continuent leurs activités très provocantes à l’encontre du Pakistan. Il y a une forte probabilité que les armes nucléaires ou leurs composantes tombent aux mains des groupes Djihadistes. Il s’agit d’une minorité au Pakistan et ils sont surement impliqués dans la gestion du système complexe d’armement nucléaire. C’est un véritable danger. Il en va de même pour l’assassinat de Ben Laden.

Aujourd’hui, une écrasante majorité du public pakistanais est furieuse contre les Etats-Unis. Ce qui se passe au Pakistan est plus important à l’échelle globale que tout ce qui pourrait arriver en Afghanistan. Un grand nombre d’informations concernant le commandement des opérations spéciales viennent d’anciens soldats spécialistes. L’un d’entre eux est Stan Goff. Aviez-vous déjà entendu parler de lui ?

CHOMSKY: Ces opérations ont mis en lumière beaucoup d’informations. Les Etats-Unis les recueillent aujourd’hui dans une douzaine de pays apparemment. Ça s’est étendu très rapidement sous Obama. Beaucoup de bonnes recherches ont été faites par un certain nombre de personnes. L’un des meilleurs en la matière est Nick Turse. Il a fait beaucoup de recherches sur ce sujet et il est très fiable. Il apparaît que certains de ces soi-disant accidents en Iran sont liés avec les opérations spéciales israéliennes ou américaines.

LEZAMA: A la base, je voulais parler du Mexique, donc je vais le faire toute suite. La RAND corporation a prétendu que l’interdiction du côté de la demande est l’approche la plus efficace dans la lutte contre la drogue. Ils ont affirmé cela en termes de coût et d’efficacité- même si vous estimez que la lutte contre la drogue est légitime- ce n’est pourtant pas la bonne méthode à adopter. Vous avez dit à un moment que ceux qui prennent les décisions sont soit fous soit ils ont quelque chose derrière la tête. Pensez-vous que l’initiative de Mérida, qui est censée concerner la drogue anticipe une contre-insurrection ?

CHOMSKY: La soi-disant lutte contre la drogue existe depuis un certain temps, mais la version contemporaine a débuté avec Nixon. Cela n’a, fondamentalement, pas changé le prix ni la disponibilité des drogues. En outre, comme vous l’avez précisé précédemment, et selon les études gouvernementales, la meilleure façon de se débarrasser de la drogue est la prévention et les traitements, et non des actions de polices coercitives, des contrôles aux frontières, ou des opérations à l’extérieur du pays. En tout cas, si vous regardez les politiques mises en place, elles sont exactement à l’opposé de ce que les études démontrent. Les opérations en dehors du pays sont les moins efficaces et les plus coûteuses, mais sont pourtant menées de façon excessive. Il en va de même pour le contrôle aux frontières et les opérations de police. Il n’y a que deux conclusions possibles. Soit ils sont fous, mais on peut éliminer cette hypothèse, soit ils ont quelque chose derrière la tête. Si vous voulez faire un procès d’intention, la première chose qu’il faut regarder, ce sont les conséquences possibles. Si certains actes peuvent avoir des conséquences, et sont pourtant constamment menés, vous pouvez alors présumer qu’elles relèvent des intentions. Dans ce cas, il y a des effets bien définis, on les voit. Aux Etats-Unis, la lutte anti-drogue conduit à l’emprisonnement massif de gens pauvres. La race et la classe sociale y sont étroitement. Donc cela implique qu’un haut pourcentage de noirs et, à une moindre proportion, les Hispaniques remplissent les prisons. Ce sont les conséquences intérieures au pays. Alors qu’en dehors du pays- Colombie, Mexique- ce sont des contre-insurrections. Donc il y a une conclusion plausible. C’est de se débarrasser des personnes superflues dans une économie productive et financée, et de promouvoir en même temps les opérations de contre-insurrection ailleurs. Les barons de la drogue survivent au Mexique grâce au soutien américain.

LEZAMA: Il y a une affaire rapportée par le LA Times d’un homme capturé à qui le service d’espionnage américain a promis l’immunité. L’affaire n’a pas évolué. Donc maintenant son avocat essaye d’avoir accès aux documents classés qui pourraient prouver qu’il coopérait avec la DEA et le FBI. Est-il possible que le fait d’entrer dans une guerre contre la drogue soit une tentative visant à ajouter de la valeur à l’économie de la drogue ?

CHOMSKY: J’ai entendu un bon économiste Mexicain expliquer ceci. Bien sûr, c’est difficile d’obtenir des chiffres précis à cause de la clandestinité, mais son estimation était que le tiers de l’économie mexicaine dépendait du trafic de stupéfiants. Selon une étude faite sur la relation entre les entreprises mexicaines et le trafic de stupéfiants, publiée il y a à peu près un an dans La Jordana, deux universités ont pu constater qu’un nombre impressionnant de ces entreprises- 80% il me semble- était impliqué d’une manière ou d’une autre dans ce genre d’affaires. Peut-être que ces chiffres sont un peu loin de la réalité mais je ne pense pas qu’il y ait un doute sur le fait que cela constitue une partie intégrante de l’économie mexicaine. Après ALENA (TLCAN en Español/NAFTA in English), l’économie mexicaine est essentiellement constituée de trafic de stupéfiants, de transferts d’argent venu de l’étranger, et de pétrole. Ils disent, par ailleurs, que l’exportation la plus importante est sa population.

Population veut dire que les fonds reviennent. Et c’est une conséquence d’ALENA qui était assez prévisible. Ce n’est pas une coïncidence si l’année où ALENA a été adopté, en 1994, Clinton a commencé à militariser les frontières. C’étaient des frontières assez ouvertes. En 2009, La RAND corporation a aussi publié certains commentaires concernant la menace mexicaine aux Etats-Unis. Elle a affirmé que le trafic de stupéfiants constitue l’une des menaces à la stabilité régionale, mais a également défini une autre plus importante : le nationalisme de gauche essayant de récupérer l’ancien territoire mexicain.

Vous connaissez le risque qu’un mouvement mexicain, n’importe lequel, qu’il soit nationaliste ou autre, puisse menacer de reprendre les régions du Mexique que les Etats-Unis occupent- les Etats-Unis s’assoient sur la moitié du Mexique- mais la probabilité que cela arrive est minime. Jetez un regard sur la comparaison des forces militaires. Je ne pense pas que cela soit un problème sérieux. Le nationalisme est une menace, mais pas parce qu’il va conquérir les Etats-Unis. Le nationalisme dans la littérature sur les affaires internationales est souvent comparé à un virus contagieux. Donc si une région va dans le sens d’un nationalisme indépendant et prospère, c’est un virus. D’autres pourraient attraper la maladie et l’essayeraient sur eux-mêmes. Assez rapidement, vous aurez une propagation de sociétés nationalistes indépendantes qui se détacheront de la domination américaine. En fait, c’est un sujet majeur de la période d’après-guerre - prévenir partout les virus.

LEZAMA: La base américaine qui va être établie en Australie, qu’en pensez-vous ?

CHOMSKY: Rappelez-vous que les Etats-Unis possèdent déjà des bases américaines en Australie. Cette nouvelle base sera établie à Darwin dans le nord. Obama a dit qu’il enverrait 2,500 marines là-bas. Ils recherchent visiblement à menacer la Chine, et ce n’est pas leur seule intention. En ce moment, il y a une forte tension au sein de la Corée du Sud. Il y a une île, Jeju, connue dans le monde comme l’île de la paix où les Etats-Unis et le gouvernement sud-coréen planifient de détruire une grande partie de la côte afin d’établir une importante base navale à quelques centaines de miles de la Chine. Il y a donc beaucoup de provocations qui se poursuivent ainsi. Et cela pourrait avoir de graves conséquences.

Ricardo Lezama est un étudiant à l’Université de Californie, Davis, étudiant la linguistique et la psychologie.

Notas en Español

  • Lev Tahor sigue operando en México, Guatemala pero su líder esta muerto, según autoridades.
  • Kris Kobach, autor de SB1070, se une con administración Trump
  • Metas de la guerra E.U. contra México
  • Empresa de informática Pro-Trump busca interferir en elección presidencial de México.
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